RUE LESSING
Vers la rénovation de la franc-maçonnerie
Inhoud
door Jean Somers
Ce livre contient un appel vibrant pour un aggiornamento de la franc-maçonnerie. Si cette institution morale, vieille de 300 ans, veut encore contribuer à la formation de ses membres et être utile à travers eux dans le monde, elle doit redessiner son image et adapter son langage au temps présent. Pour ce faire, elle doit se dépouiller de quelques surcharges qui se sont déposées au cours des ans et qui risquent de la scléroser, telles que quelques références historiques douteuses, un ésotérisme inconsistant, des scories d’occultisme du 19e siècle et une tendance immodérée à cultiver le secret. Les hommes et les femmes qui la rejoignent ont mieux à faire que d’évoluer dans des cérémonies ou accumuler les exégèses infinies de symboles. L’époque ne se prête plus à répéter les discours du 18e siècle, les règles adoptées à Londres en 1723 sont largement périmées, et l’exclusion des femmes, tout comme celle des athées et des agnostiques, sont aujourd’hui des anachronismes répréhensibles.
A défaut de procéder à une indispensable rénovation, la franc-maçonnerie deviendra obsolète, se réduira à n’être plus qu’une honorable société folklorique et tout au plus son archaïsme lui vaudra-t-il peut-être d’être inscrite au Patrimoine immatériel de l’Humanité.
Inhoudstafel
ASP editions
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Boekbespreking Le Vif
Boekbespreking Prof Dr E. Ronald Commers
Dans
Rue Lessing Un nouveau livre de Jean Somers sur la franc-maçonnerie
Il y a quelques mois, le nouveau livre de Jean Somers a paru chez son éditeur Academic Scientific Publishers. Son deuxième livre déjà sur l’état actuel de la franc-maçonnerie continentale. En effet, son livre Le rêve du philosophe date de 2011, avec une deuxième édition, entièrement revue et augmentée en 2017. Les libres réflexions maçonniques de 2011 se voient prolongées dans son présent livre, Rue Lessing. Vers la rénovation de la franc-maçonnerie. Ici, l’auteur met en pleine lumière la question d’un renouvellement de la francmaçonnerie. Il s’inspire d’un livre fondamental dans la littérature maçonnique continentale, le Ernst und Falk de Gotthold Ephraim Lessing (1729 – 1781). Somers écrit sur ce théologien et philosophe allemand : « (il était) un homme de très grand talent qui a cherché à réformer la Maçonnerie d’outre-Rhin… ». A ce but, notre auteur se sent vigoureusement lié. Il lui semble hors de doute que la franc-maçonnerie d’aujourd’hui a besoin d’une réforme profonde, pour ne pas dire rédemptrice. C’est le fil d’Ariane de son récent livre. Rue Lessing est divisé en cinq parties. Dans la première partie, le chapitre 2 raconte brièvement la vie et l’œuvre de Lessing. Le chapitre 3 traite la philosophie de Lessing, en particulier sa pièce de théâtre Nathan le Sage (Nathan der Weise, 1779), et son écrit sur l’éducation du genre humain (Die Erziehung des Menschengeschlechts, 1780). Dans le chapitre 4, l’auteur explique la carrière maçonnique de Lessing, carrière assez passagère, pour ne pas dire éphémère. Lessing n’a jamais été un fidèle de l’ordre, comme on le dit. Dans le même chapitre, l’auteur nous donne un bref compte-rendu des ‘entretiens’. Dans la deuxième partie, Les entretiens sur la franc-maçonnerie par un philosophe bien digne d’en être, l’auteur présente sa traduction de trois entretiens entre deux interlocuteurs : les désormais fameuses conversations entre Ernst et Falk. L’auteur, dans la troisième partie, poursuit sa traduction de deux derniers entretiens, qui au préalable ont été censurés par Lessing lui-même. Une copie « est tombée entre les mains » de l’éditeur, qui « regrettait beaucoup que tant de magnifiques vérités puissent être étouffées… », ce qui l’a incité à « faire imprimer le manuscrit ». Tout cela a encouragé notre auteur, en hommage à Lessing, d’écrire des entretiens actualisés entre deux interlocuteurs contemporains. C’est le sujet de la quatrième partie de son livre. Les entretiens se passent dans une rue, le samedi matin, entre une femme et un homme. Ce dernier est franc-maçon. La femme, elle, a envie d’en savoir plus. Après avoir découvert au fil de la conversation que lui est bel et bien un maçon, elle va décider de le devenir à son tour. Comme le philosophe allemand, son exemple, l’auteur répartit les sujets maçonniques sur cinq entretiens. Cela lui donne l’occasion de faire une description critique de ce qui est, selon lui, l’état actuel de la franc-maçonnerie, ce qui correspond à la teneur critique de Lessing dans sa version des entretiens entre Ernst et Falk. Dans la cinquième partie de son livre, l’auteur réfléchit sur ce qu’est devenue la franc-maçonnerie depuis Lessing. Il met l’accent sur « la capacité critique de la franc-maçonnerie », une chose pas évidente. Dans cette partie, il raconte le parcours des réformateurs de la franc-maçonnerie depuis Lessing. Tour à tour, Friedrich Ludwig Schröder, la Grande Loge AFuAMvD (Grossloge der Alten Freien und Angenommenen Maurer von Deutschland), le Manifeste de Mannheim, le Forum des Réformateurs de l’Europe FrancMaçonnique, l’Appel de Griffin, Leo Apostel, Ronald Commers, et David West, passent en revue. Cette partie finale s’achève sur des recommandations que l’auteur lui-même propose pour « la rénovation de la franc-maçonnerie ». A la question « que faire ? », il répond avec trente articles. Sa préoccupation est d’éviter ce qu’il a détecté à travers son parcours maçonnique de plus de quarante ans : « Un grand nombre de francs-maçons n’ont aucune culture maçonnique, et certains ignorent même l’histoire de leur propre Loge. » A ce point, sa critique de la francmaçonnerie se révèle plus sévère que celle de Lessing, mais il demeure à l’unisson avec ce que Leo Apostel a écrit, il y a quelques décennies déjà, dans son livre Vrijmetselarij. Une observation fondamentale de Lessing se retrouve dans sa version des entretiens sur la franc-maçonnerie, à la fin du quatrième entretien. Le lecteur de Lessing a probablement compris que Falk reste le maître de la conversation. Il explique à son élève, pourtant lui-même devenu francmaçon, que « rien ne dure éternellement. » Il l’applique à sa version de la franc-maçonnerie de son temps : « Peut-être ceci est-il le chemin que la Providence a choisi pour mettre fin à tout le schéma actuel de la francmaçonnerie. » Lorsque Ernst lui demande de s’expliquer sur ce que veut dire « schéma de la franc-maçonnerie », Falk lui répond : « … schéma, enveloppe, emballage, ... la franc-maçonnerie n’a pas toujours joué à la franc-maçonnerie. » Ce thème est repris par Jean Somers. Son Falk à lui, Florian, confirme que les formes – loges, obédiences, rites, rituels, langages symboliques – dont la franc-maçonnerie s’est vêtue au fil de son évolution de trois cents ans, ont un caractère contextuel marqué par le temps et l’espace. Ici, l’irréfutable paradoxe est mis en relief : « De par son essence, la franc-maçonnerie est aussi ancienne que la société civile. Elles ne pouvaient que naître ensemble, pour autant que la société civile ne soit pas un rejeton de la franc-maçonnerie… ». Malheureusement, dans le cinquième entretien, le philosophe allemand perd sa ligne directrice en optant pour le flou dans son explication du paradoxe entre l’essence éternelle et les formes fugaces de la franc-maçonnerie. De la même façon, dans les deux derniers entretiens, Florian reste le maître des explications et des interprétations, ce qui place la femme, Annie, dans un rôle subordonné sans équivoque. Son sort est comparable à celui de Ernst.
Mais chose ennuyante, Annie est femme devenue maçon. Ce qui est, à mon avis, quelque peu en contradiction avec les intentions réformatrices que l’auteur a essayé d’exprimer dans son livre. N’y-a-t-il pas plaidé pour une maçonnerie dans laquelle frères et sœurs sont mis à égalité ? On retiendra des propositions de réforme, dans l’esprit de ce que Leo Apostel a écrit, à savoir un plaidoyer pour l’ouverture, l’effort d’épargner les ateliers d’une homogénéité sociale et professionnelle, la baisse des cotisations annuelles, une formation maçonnique plus serrée dans le but de transformer les ateliers en centres d’éducation, la limitation des organes représentatifs (‘obédiences’) et des activités de leurs fonctionnaires (qui ont tendance à contrôler la vie et la créativité des ateliers, et à restreindre la liberté des inter-visites en excluant des membres), la démocratisation des grades, un bon équilibre entre action interne et action externe, ainsi que le respect du principe de subsidiarité. L’auteur estime que les francs-maçons ont pleinement droit au changement, ce qui doit rendre impossible le maintien coûte que coûte d’un ordre établi, fondé sur la « Tradition » et sur des anciennes réglementations datant d’un autre siècle. Les ateliers défendront « la plus grande liberté intellectuelle en toute sécurité ». De nouveau, notre auteur fait référence au « rêve de John Locke », qu’il croit être à l’origine de l’idée du « centre de l’union » dans « un cercle caractérisé par la tolérance ». Il a du mal à imaginer un tel centre sans femmes, puisque leur exclusion des tenues dans des loges, ou de l’initiation, n’est qu’un « anachronisme contraire à la Déclaration des droits de l’homme. » On retiendra également les réserves de l’auteur concernant l’ésotérisme maçonnique et le goût, jugé exagéré, pour le symbolique. Il n’hésite pas à stigmatiser ce qu’il appelle, avec Alain Bauer, ancien GrandMaître du Grand Orient de France, la « symbolâtrie ». Ainsi, lorsqu’il cède la parole à Florian dans le quatrième entretien (Annie a été initiée il y a quatre ans déjà), on peut lire que celui-ci explique à la femme que les rituels et les symboles maçonniques ne sont qu’un « fatras hétéroclite d’éléments disparates additionnés au fil du temps, » avec « l’ensemble (présentant) aux yeux d’un observateur non averti un caractère kitsch qui échappe aux francsmaçons grâce aux efforts persuasifs de doctes auteurs qui ont tenté avec un succès relatif de rationaliser le chaos et de donner du sens au hasard, dont on dit qu’il fait bien les choses… » Mais voilà, malgré ces réserves, le bon Florian peut assurer à Annie qu’il reste convaincu de la valeur du symbolisme, qui « est inhérent à la maçonnerie… ». Voilà pourquoi ce beau livre, qui comporte pas mal de paradoxes dans les entretiens autant de Lessing que de Somers, provoquera certainement un froncement des sourcils chez une partie de francs-maçons qui ont perdu l’esprit libre et le sens de relativité, en cheminant dans ce que certains d’entre eux nomment « le paysage maçonnique ». Mais il me semble qu’un peu d’air frais ne fait de mal dans ce « décor naturel ». De plus, un lecteur franc, sans préjugés, encore sérieusement franc-maçon convaincu, peut tirer
avantage du livre de Jean Somers, en lisant les belles pages sur Lessing et les autres esprits forts, qui ont défendu une franc-maçonnerie actualisée, digne d’évoluer « au fil du temps ».
Ronald Commers Ancien Maître Président de la Loge Pieter De Zuttere, aujourd'hui membre de la Loge De Gulden Passer, Grande Loge de Belgique. Auteur d’un nouveau livre sur la franc-maçonnerie, paru chez Garant en octobre 2017, De Legende 1717. Vrijmetselarij, 300 jaar droom en daad ? (ISBN 978-90-441-3537-4).
€ 19.95
ISBN: 9789057186431
Aantal pagina’s: 184
Over de auteur
Jean Somers (°1935) est franc-maçon depuis 1963. Il a appartenu pendant sept ans à la direction d’une Loge bruxelloise, dont trois comme président, et pendant six ans à la Commission administrative du Grand Orient de Belgique. Il est membre, au sein de cette Obédience, de la Loge « Action et solidarité n° 3 » à Bruxelles. A l’origine, criminologue issu de l’Université Libre de Bruxelles, il est à présent directeur honoraire à la Commission européenne. Il est membre de la Lessing Society.
Suivant l’exemple célèbre de Gotthold Ephraim Lessing, et dans le sillage des philosophes Leo Apostel et Ronald Commers, réformateurs de la franc-maçonnerie, qui ont allumé le feu auquel jeter le bois mort, Jean Somers appelle à une rénovation qui rendra à la franc-maçonnerie son statut d’institution morale et en fera à nouveau un instrument social utile au bien public.
Jean Somers est l’auteur de l’ouvrage
Le rêve du philosophe. Libres réflexions maçonniques paru en 2012 et réédité depuis 2014 par ASP.